SMITH (I.)


SMITH (I.)
SMITH (I.)

SMITH IAN (1919- )

Premier ministre de Rhodésie à être né dans le pays, Ian Smith représente typiquement les petits colons ou fermiers rhodésiens. Né à Selukwe, petit centre minier et agricole, et fils d’anciens émigrés écossais, exploitants agricoles et négociants en viande, il doit interrompre ses études à l’université Rhodes, en Afrique du Sud, pour rejoindre la R.A.F. en 1941.

De retour en Afrique, il devient éleveur de bétail avant de se tourner vers la politique. Il est élu en 1948 à l’Assemblée législative de Rhodésie du Sud, puis entre, dès sa formation, au Parlement de la Fédération d’Afrique centrale, créée en 1953. Membre de l’United Federal Party, il occupe les fonctions de Chief Whip pour sir Roy Welensky, mais il rompt avec le parti en 1961 et rejette la Constitution sud-rhodésienne qui, pour la première fois, offrait aux Noirs quelques sièges à l’Assemblée nationale.

Alors que la Fédération s’est défaite (1963) et que se sont créés deux États noirs (1964), le Malawi et la Zambie, la Rhodésie du Sud, où les Blancs sont le plus nombreux, ne peut obtenir son indépendance de la Grande-Bretagne, qui exige comme préalable qu’elle s’engage à amener la population africaine à l’égalité sociale et politique. Smith crée un nouveau parti, le Front rhodésien, composé de conservateurs extrémistes. Il obtient la victoire électorale en 1962 et devient ministre du Trésor dans le gouvernement de Winston Smith, qu’il trouve trop dépendant des Anglais et remplace en 1964.

À la tête de la Rhodésie, Smith symbolise la ligne dure: s’entourant du secret, il exerce un pouvoir personnel et total que renforce la peur qu’ont ses électeurs (blancs) de voir un jour arriver au pouvoir la majorité (noire); cependant, il est parfois contesté et trouve encore des colons plus extrémistes que lui, partisans de solutions plus radicales, qui l’ont parfois jugé tortueux. En effet, Ian Smith dispose d’une marge de manœuvre très mince, qu’il s’agisse de la façon de traiter les Africains, des négociations avec les Britanniques ou de la situation internationale de la Rhodésie. Sur le plan intérieur, dans ce pays où les Africains sont plus de 5,5 millions pour 270 000 Blancs seulement, les salaires des Noirs sont dix fois moins élevés que ceux des Blancs pour un même travail, Smith n’en qualifie pas moins d’harmonieuses les relations. Est-ce parce que l’apartheid n’y est pas législatif mais coutumier? En 1970, Smith a fait adopter une Constitution qui réduit encore le nombre de Noirs au Parlement. La répression ne cesse pas, et il poursuit les membres des mouvements d’opposition, qui passent tous dans la clandestinité; il ne peut enrayer un début de terrorisme. Il hésite à dissoudre le seul mouvement d’union pacifiste africain, l’African National Council, déclare qu’il ne discutera jamais avec lui, offre cependant des discussions, puis fait arrêter ses principaux membres. De toute façon, les discussions ne porteraient guère que sur des détails. Smith est soumis au même genre de pressions de la part de ses concitoyens à propos de ses négociations avec la Grande-Bretagne. Après de nombreux entretiens sans résultat avec Harold Wilson sur les conditions de l’indépendance, Smith procède à une déclaration unilatérale d’indépendance le 11 novembre 1965. Mais aucun pays au monde n’ayant reconnu son État, il se trouve obligé de négocier avec les Anglais.

Il fait montre d’habileté et même de subtilité dans ses discussions avec le travailliste Wilson, sur le navire Tiger en 1966 et sur le Fearless en 1968, mais il refuse toute concession. Il se garde bien cependant de rompre les ponts et espère le retour au pouvoir des conservateurs en Grande-Bretagne, tout en proclamant la République en mars 1970. Il parvient à un accord avec les Anglais en novembre 1971, se déclarant très surpris lorsque ces derniers refusent de l’appliquer après avoir constaté que les Africains y étaient hostiles. Smith continue de rechercher une solution, malgré l’opposition de certains extrémistes, car il sait que son pays a besoin d’une reconnaissance internationale. Si les sanctions économiques prévues par l’O.N.U. n’ont pas réussi à asphyxier son pays, l’isolement coûte cher. La République sud-africaine et le Portugal sont les seuls à l’aider directement. Les événements de 1974 au Portugal entraîneront l’indépendance du Mozambique, par où transitaient de nombreuses marchandises. Quant à l’Afrique du Sud, elle n’est pas très enthousiaste pour porter ce fardeau qui n’ajoute rien à sa réputation.

Dans les années suivantes, Smith se révèle d’une rare ténacité pour faire durer une situation dont les éléments lui échappent peu à peu. Il doit faire face à la guérilla du Front patriotique, qui s’étend et s’internationalise. Les discussions de Genève avec ses adversaires, en 1976, tournent court. Sous la pression de ses amis sud-africains, Smith négocie, avec les seuls modérés exclus du Front patriotique, un règlement de transition vers un régime représentatif, qui conduit aux élections de 1979. Celles-ci donnent la victoire aux modérés de l’évêque Muzorewa, qui devient Premier ministre à la place de Ian Smith, sans qu’un terme soit mis aux hostilités. Finalement, la conférence constitutionnelle de Lancaster House, où siègent toutes les tendances de la majorité africaine et qui prévoit des garanties pour la minorité blanche, aboutit au cessez-le-feu du 28 décembre 1979. La Grande-Bretagne, effaçant l’indépendance prononcée unilatéralement par Smith en 1965, recouvre la souveraineté effective sur le Zimbabwe jusqu’à la déclaration d’indépendance d’avril 1980, couronnement d’élections où toutes les tendances ont pu s’affirmer. Ian Smith continue sa carrière politique à la tête de son parti, qu’il rebaptise Front républicain en 1981, puis Alliance conservatrice du Zimbabwe (C.A.Z.) en 1984. Il obtient, aux élections de 1980, la totalité des sièges (20) réservés à la minorité blanche dans le nouveau Parlement. Les élections suivantes voient le déclin progressif de la C.A.Z., et, en mai 1987, Ian Smith abandonne la présidence du parti.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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